Vous avez annoncé que votre album sera entièrement consacré à l’écoute, à la poésie, après écoute, on voit qu’il est plutôt musiqué…
J’entends par chanson d’écoute, la chanson écoutable en famille. Car qu’est-ce qu’on voit aujourd’hui, ce que je souligne dans la chanson « Muhuc », la scène artistique est dominée actuellement par la chanson de variété où l’on use et où l’on abuse d’un certain langage à la limite de l’acceptable. Je n’ai rien contre la chanson de variété, c’est un style comme un autre. Mais quand elle est orientée pour détruire nos saines traditions, je dis Basta ! Je suis pour la vulgarisation mais non pour la vulgarité.
Finalement quel rôle doit remplir la chanson ?
La chanson doit véhiculer un message, elle doit s’intéresser à la vie de la cité, elle doit toucher à tout ce qui touche de près ou de loin à la vie des citoyens ; elle doit amuser, contester, dénoncer, revendiquer, faire rêver, faire danser, bref son rôle est si vaste qu’on ne peut le réduire à quelques domaines. Mais attention ce n’est pas parce qu’elle a un rôle multiple qu’on s’arroge le droit de la transformer en auberge espagnole.
Le thème de la revendication berbère est quasiment absent dans cet album, les titres « asenkad », « ur nasfara »… ont des allures quasiment moralisateurs. On a l’impression que vous voulez philosopher. Est-ce délibéré ?
C’est normal. L’artiste doit être le reflet de sa société. L’évolution de notre société a fait que les citoyens veulent entendre autres choses que les vieilles rengaines. Je ne dis pas que le thème de la revendication berbère est hors d’usage, mais on ne peut plus parler de la revendication berbère comme on le faisait dans les années 70 ou 80. Il y a énormément de changement. L’artiste se doit d’innover, de coller à la réalité, d’écouter les palpitations de sa société. Au-delà de ses considérations, la revendication identitaire restera éternellement le fondement même de mon œuvre mais elle sera utilisée à bon escient mais jamais comme un fond de commerce.