C’est à Cherchell, l’antique Cesarae qu’en 1942 voit le jour Noura, Fatima Zohra Badji de son vrai nom, dans une famille profondément attachée aux valeurs traditionnelles.
Entourée d’affection et d’attention, la jeune fille fit montre, au cours de sa scolarité, d’une intelligence vive.
Elle se distingue aussi bien en langue arabe qu’en français, ce qui lui vaut le soutien de son instituteur.
Son père, fier d’elle, l’initie dès son jeune âge à l’histoire antique de sa ville natale dont le prestige est lié à la résistance berbère contre l’occupation romaine, à la grande figure du roi Juba II, de sa femme Cléopâtre Séléné gisant dans le majestueux monument connu sous le nom du tombeau de la Chrétienne.
La jeune Fatima-Zohra, éveillée mais néanmoins réservée, a un goût prononcé pour la solitude. Elle passe le plus clair de son temps à écouter de la musique à la radio sur un poste offert par son père. A travers cet appareil magique pour l’époque, elle apprend à apprécier la diversité des chants et rythmes de toutes les régions d’Algérie.
Ce sont les germes d’une vocation qui devient, après un drame familial, un moyen de subsistance salutaire. Ainsi, elle met fin à ses études pour se consacrer pleinement au métier d’artiste.
C’est lors d’un concours de recrutement de speakerines à la radio, qu’elle rencontre Saïd Rezzoug, directeur de la chaîne. Ce dernier la confie au compositeur et chef d’orchestre Amari Maâmar (1925–1994) qui, après l’avoir auditionnée, avoue avoir été subjugué par la musicalité de sa voix et sa sensibilité artistique. C’est ainsi qu’il décide, vers la fin de l’année 1957, de diriger son premier passage, en direct à la radio avec une chanson intitulée baâd ma chafet écrite par Mohamed Réda et composée par lui-même.
Le poète Sid Ahmed Lakehal, visiblement ravi par sa prestation, dit spontanément « Noura, vous avez été magnifique ! » et le pseudonyme est né.
Ses débuts pleins de promesses ont aussitôt suscité chez elle la soif d’approfondir ses connaissances lyriques et dramatiques. Elle s’inscrit au conservatoire municipal d’Alger en 1958 où elle apprendra la musique et le chant et découvrira le théâtre. A l’issue de cette formation, elle obtient deux premiers prix, l’un en déclamation, l’autre en musique classique.
Amari Maâmar lui offre une seconde chanson El ouarda souda écrite par Saïd Hayef. Dans la même période, elle tient un rôle dans une opérette intitulée ana el ouarqa el meskina écrite par Mustapha Kechkoul et composée par Mustapha Skandrani. Cette chanson sera reprise, plus tard, par Lili Boniche en France.
Dès la fin des années 1950, elle rencontre des personnalités majeures du milieu artistique algérien. Outre l’incontournable Missoum, elle collabore avec Mustapha Skandrani, Haddad el Djillali, Mahboub Bati, Abdelhamid Ababsa et Ahmed Wahby. Ils contribueront à faire d’elle une représentante authentique du âasri , style musical moderne, à la mode dans les années 60, caractérisé par un emploi discret d’instruments électriques.
Kamal Hamadi, auteur dramatique et auteur-compositeur en vogue lui écrit Ya ouelfi et Ya ould el houma . Il l’apprécie plus que tout et finit par l’épouser à Alger, le 25 février 1960. Il l’initie au kabyle et lui compose ses premières chansons dans cette langue : Tassouira bonâzizen , Aouine houbegh , Amirouche et Gma azizen .
En 1965, Noura enregistre six chansons en français dont la Maison de Jeanne Bertille, Paris dans mon sac de Anne Huruguène et Kamal Hamadi, Ma vie de Michel Berger.
Son talent conjugué à celui de Kamal Hamadi aboutit, quelques années plus tard, à une série de distinctions :
« Disque d’or Pathé Marconi » en juin 1970 (Paris).
« La Palme d’or » du festival de la chanson maghrébine au Maroc en 1971.
« Le Ouissam thaqafi », distinction décernée par le Président Habib Bourguiba en 1974.
« L’Etoile du festival » de la chanson arabe à Tripoli en 1975. Une distinction décernée par la Ministre de la Culture, à Alger, le 8 juin 2003.
Noura aura réussi avec bonheur son rôle d’artiste interprète, dans la diversité des langues et des styles dans lesquels elle s’est exprimée. Grâce à une voix remarquable de pureté et de sensualité, les quelque 500 chansons qui composent le répertoire de cette grande dame de la chanson résisteront indéniablement aux outrages du temps.
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