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Il n’est pas aisé de présenter la biographie d’un poète-chanteur kabyle de l’envergure de Slimane Azem de façon objective, succincte et concise.
Né le 19 septembre 1918 à Agouni Gueghrane, proche des Ouadhias, en Haute-Kabylie, il est issu d’une famille modeste et nombreuse. De courtes études primaires lui font découvrir notamment les Fables de La Fontaine ; pendant ses moments de loisir, il s’est initié aux chants traditionnels auprès de ses camarades bergers.
Après une brève période de travaux agricoles chez un colon de Staouéli, près d’Alger, il vient en France en 1937 et s’installe, avec son frère aîné, à Longwy où il débute comme manoeuvre, et plus tard devient électricien. C’est la même année qu’il adhère au PPA . Pendant la seconde guerre mondiale, il est mobilisé par les Allemands et n’est libéré qu’en 1945.
De retour à Paris, il prend en gérance un café dans le 15e arrondissement, il a la chance d’y rencontrer un artiste algérien, Mohamed Elkamal ; celui-ci, après avoir entendu les chansons que Slimane chante pour ses compatriotes dont il partage la condition d’exilé, l’encourage à développer son talent et à élaborer son propre répertoire. En 1948, il adhère au MTLD , époque où sort sa première chanson A Muh a Muh qui obtient un grand succès auprès du public kabyle ; son disquaire, Mme Sauviat, le présente à la maison Pathé-Marconi où il fait ses premiers enregistrements.
Dans les années 1950, il séjourne fréquemment en Kabylie, dans son village natal. C’est en France qu’il compose deux chansons engagées FFegh ay ajrad tamurt-iw , en 1956 et Idehr-ed waggur en 1957, qui le rendent célèbre ; ces chansons, jugées subversives par les autorités coloniales, lui valent par la suite bien des déboires.
De retour au pays, entre 1957 et 1958, en pleine guerre d’Algérie, il a fort affaire avec le capitaine de la SAS de sa région ; ce dernier lui fait payer cher ses deux chansons engagées et exerce de fortes pressions sur lui et sa famille (dont trois de ses frères se sont "ralliés à la France") ; il ne partage certainement pas ces options politiques et doit en souffrir dans son for intérieur. Il se marie à cette même période avec une française de père tunisien, mais n’a pas d’enfants.
Après l’accès de l’Algérie à l’indépendance, en 1962, il n’a d’autre choix que de regagner la France avec la majeure partie de sa famille. A son grand désespoir, il ne revoit plus jamais sa terre natale dont il a la nostalgie. Dans sa nouvelle propriété, à Moissac, en Tarn-et-Garonne, il partage son temps entre une occupation de cultivateur, les tournées musicales et la composition de nouvelles chansons. C’est surtout à partir de 1967 qu’il est officiellement frappé d’ostracisme (sans doute pour une sombre affaire dont il est la victime) : toutes ses chansons sont interdites à la radio algérienne. Il est vrai que, de son côté, il n’est pas tendre dans ses chants envers le pouvoir algérien de l’époque ; celui-ci réprime sévèrement, bien avant cette interdiction, le militantisme berbère et se sert de l’idéologie arabo-islamique pour occulter la culture et la langue kabyles ; hommage leur est du reste rendu dans une ses chansons, Ghef teqbaylit yuli wass. En 1970, il obtient le "disque d’or" chez Pathé-Marconi.
Il meurt le 28 janvier 1983 à Moissac.
La place nous manque ici pour parler longuement de son oeuvre poétique dont l’importance et la portée sont considérables. Si, à ses débuts, il subit notamment l’influence du chaâbi, il trouve très vite son style propre et, dès 1950, il partage sa notoriété avec El Hasnaoui et Zerrouki Allaoua. Il a en revanche une grande influence sur bien des chanteurs kabyles. Dans ses chants, il défend naturellement les valeurs traditionnelles qui ont été au fondement de notre société ; il regrette amèrement et dénonce avec vigueur la déperdition de ces mêmes valeurs, rongées par la modernité. Comme fabuliste, à la manière de La Fontaine mais aussi dans la tradition des poètes, des conteurs et des sages kabyles, il a souvent mis en scène des animaux pour dénoncer l’arrogance, les ruses et la méchanceté des "fauves" de son temps ; il n’a pas manqué de rappeler avec force quelques vérités et vertus premières, dans un siècle "plein de bruit et de fureur".
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